Cinq questions à Gaspard-Hubert Lonsi Koko

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1. Quelle lecture faites-vous du budget de l’Etat, exercice 2014, s’élevant à 8,9 milliards de dollars US voté récemment par l’Assemblée nationale ?


Avant tout, dans la mesure où la gestion de l’Etat dépend de la structuration et du pilotage des finances publiques, je ne peux que me réjouir du fait que la République Démocratique du Congo soit enfin dotée d’un budget pour l’exercice 2014. En revanche, les énormes potentialités dont dispose notre pays et les enjeux en cours nécessitent un budget annuel de plus de 8,9 milliards de dollars US. J’ose néanmoins espérer que l’articulation concrète de ce budget sera sérieusement contrôlée par les parlementaires.


2. Approuvez-vous les correctifs apportés par la commission ECOFIN de l’Assemblée nationale, une amélioration de 739 130 dollars US par rapport au budget initial présenté par le gouvernement ?


C’est à juste titre que l’ECOFIN a amélioré le budget initial proposé par le Premier ministre Matata Ponyo, lequel s’élevait à 8,2 milliards de dollars US. En effet, les défis auxquels le gouvernement de la RD Congo est confronté nécessitent un budget conséquent. Malheureusement, je déplore le manque d’ambition ayant animé cette structure parlementaire. Que représente, franchement, une augmentation de 739 130 dollars US dans un pays en proie à l’insécurité et à une dégradation socio-économique sans précédent ? Pour plus d’efficacité, l’apport global de la commission économique du Parlement aurait dû avoisiner la somme de 2 milliards de dollars US. De plus, l’amélioration ne devait pas concerner que les recettes des douanes et Accises, les recettes des impôts, ainsi que les recettes non fiscales et celles de la DGRAD. En guise d’exemple, le secteur de la défense nationale méritait à lui seul un budget d’au moins 1,32 milliard de dollars US.


3. Dans votre ouvrage « Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands Lacs », vous proposez un budget de 10,2 milliards de dollars US. Par rapport aux chiffres, la différence n’est pas énorme. Au fond, qu’est-ce qui distingue le budget adopté par le Parlement congolais à votre proposition ?


Primo, le fait que le budget que j’ai proposé pour l’exercice 2014 soit excédentaire de 1,3 milliard de dollars US, par rapport à celui dont est actuellement dotée RD Congo, montre le sérieux du travail que j’ai effectué. M’étant appuyé sur l’exercice budgétaire de l’année 2013, j’ai analysé les chiffres, les uns par rapport aux autres, pour crédibiliser mes analyses. Je me suis sérieusement attelé aux grands équilibres sociaux, économiques et politiques ayant toujours fait défaut à nos institutions étatiques dans les secteurs de l’emploi, de l’éducation nationale et de l’enseignement, ainsi que dans les domaines de la défense nationale, de la sécurité et de la protection civile. Je tiens à en finir définitivement avec un État patrimonial qui est sans cesse au service de quelques oligarques dont la logique reste la gabegie, la prédation, la mendicité internationale, le pillage des richesses nationales et l’enrichissement personnel. Voilà les quelques facteurs qui ont motivé ma démarche et qui distinguent ma proposition du budget ayant été adopté par le Parlement congolais.


4. La priorité est accordée aux secteurs tels que l’agriculture, la santé, la défense, la sécurité, l’éducation et la Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Cela vous satisfait-il ?


On ne peut qu’être satisfait, à partir du moment où l’accent est mis sur la défense nationale, le processus démocratique, l’instruction et le niveau de vie des populations. Toutefois, il ne suffit pas d’accorder la priorité aux différents secteurs, mais de se doter des moyens conséquents afin de sortir le pays de la catastrophique situation dans laquelle il s’est embourbé depuis 2001. Pour atteindre cet objectif, j’ai estimé en mon âme et conscience que le budget pour l’exercice 2014 devait s’élever à 10,2 milliards de dollars US, la finalité étant de récupérer dans les 3 années à venir au moins 4,25 milliards de dollars US sur les 15,22 milliards de dollars US du circuit informel. Je reste profondément convaincu que, la compétence et la rigueur aidant, la croissance pourra nettement progresser de 10 % en 2014 à 18,25 % en 2019 – soit une évolution considérable de 8,25 % en 5 ans.


5. Quel regard portez-vous sur l’action de Matata Ponyo Mapon à la tête de l’exécutif congolais ?


Aspirant à présider un jour aux destinées de la République Démocratique du Congo, je ne peux qu’être objectif vis-à-vis d’une action gouvernementale indépendamment de l’appartenance politique. Monsieur Matata Ponyo a certes le sens de la responsabilité. Malheureusement, le contexte politique ne lui a pas permis de faire évoluer de manière positive les pesanteurs institutionnelles et étatiques. Force est de constater que le rapport de force lui a toujours été défavorable au sein même de la majorité présidentielle. En conséquence, son action ne pouvait qu’être vouée à l’échec. Ne pas avoir pris en compte un tel paramètre, dès la nomination de Matata Ponyo à la Primature, relève de l’inconscience et de l’irresponsabilité. On gouverne un pays avant tout par le raisonnement politique, ensuite seulement par le souffle.


Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France


(*)Porte-parole du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC).


© Le Potentiel

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